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Edito Johnny Hallyday

Edito spécial Johnny

Jean d’Ormesson et Johnny viennent de décéder. Deux grands personnages de notre nation qui sont dans le cœur des Français, ont disparu. L’un, un littéraire qui savait nous laisser ébahis devant tant de culture, l’autre, un rocker qui nous laissait pantois devant ses spectacles. A Beaumont, hier, les fans du rocker étaient bien tristes.

Pourquoi cet édito ? Certains ont des souvenirs à évoquer. Jean-Claude Roux, Jean-Marc Osterneaud, Thierry Doladille, Claude Gendron, Jean-Claude Bidron et Mme Traversier se sont rencontrés hier pour les échanger. Ils avaient 38 ans de moins lorsque Johnny est venu faire un spectacle à Beaumont et ce souvenir ne s’est toujours pas effacé !

En effet, en 1979, Jean-Claude Roux, président du comité des fêtes, et son équipe composée, entre autres, des personnes citées, avaient eu l’idée un peu extravagante, d’inviter Johnny à Beaumont. Tout fut mis en place un mardi soir en plein hiver, tel un chapiteau qui risquait de s’envoler à tout moment. Le spectacle fut formidable mais pas assez de spectateurs dans ce froid glacial pour compenser les dépenses. Une déception pour le comité des fêtes mais une grande chaleur dans les cœurs. Enfin, je vous laisserai lire un article que Jean d’Orfeuille avait rédigé sans doute en 2012 et sorti des archives de Jean-Claude Peyron. Jean d’Ormesson l’aurait félicité pour son écriture pouvant paraître un peu alambiquée de nos jours mais si agréable à lire !

Voici ce texte

Ce fut de ce temps en autrefois et un jour de mai de l’année 1977. Le Comité des Fêtes de Beaumont se trouvait alors dans les prémices de la venue de la longue présidence de Jean-Marc Osternaud. Cette dynamique et entreprenante association vivait ainsi ses heures fondatrices et historiques bâtissant son excellence et constituant alors ses initiatives référentielles. Cette amicale bénéficiait de l’éminent concours de Monsieur Bruno, son regretté trésorier dont il était apprécié l’entier dévouement et l’inégalable compétence…En même temps que le concours déterminant des inconditionnels de la traditionnelle préparation de la fête en notre village, tel Monsieur Narcisse, un membre actif aussi de grande valeur contributive et tout aussi regretté. Le Comité des Fêtes avait alors tout récemment pris l’initiative d’accueillir en concert, Michel Polnareff, un spectacle musicien sous chapiteau. Pendant que les mêmes organisateurs ne manquant pas d’audace ni d’à propos, résolus et entreprenants…Jetaient volontairement les bases d’un autre concert très retentissant, dans lequel Johnny Hallyday en personne serait l’énorme tête d’affiche. Chose conclue, programmée, publié et contractuellement signée avec les collaborateurs de la vedette de la chanson française en Rock-and-Roll de toujours. La commune ne disposant alors pas de salle des fêtes, il fut alors décidé que le spectacle public aurait lieu sous un immense chapiteau de toiles à installer sur le terrain de sports des Cros, un espace communal non aménagé dans sa situation définitive telle que nous la connaissons aujourd’hui…Puisque ce domaine communal porte le nom de Stade Maurice Biscarat. Ce site constituait alors une propriété communale acquise tout récemment par la municipalité d’alors. Il s’agissait en cette saison d’une aire très boueuse, fangeuse et remplie d’ornières, des fondrières des nids de poule en tous genres, un terrain vague en presque campagne. A tel point d’inconvénients majeurs que le Comité se montrant réactif devait immédiatement solliciter la mairie pour que soient transportées et naturellement étalées sur place, des quantités importantes de graviers en tout venant. Ce matériau de fortune représentant un pis-aller devait constituer l’assise de l’installation des toiles, propriété d’un prestataire sollicité pour la circonstance. La municipalité ne disposant que d’un seul petit camion de faible capacité, celui avec lequel les employés collectaient en semaine les ordures ménagères de la bourgade…Tant de voyages furent nécessaires pour aller chercher du gravier en gisement dans le lit de la lointaine rivière, la Véore, au quartier Chirac. La pelle, propriété de l’Association Foncière de Remembrement, étant sollicitée et la petite équipe des ouvriers communaux mobilisée pour l’accomplissement des préparatifs nécessaires. Ce branle-bas représentait les dispositions matérielles minimales pour que le spectacle ait lieu dans des conditions acceptables, faute d’être parfaites et idéales. Ce fut la mise en place de l’à-peu-près, de l’approximation et du pare au plus pressé, somme toute, tous les instigateurs se trouvant dans une grande mais constructive improvisation…Beaucoup d’impromptu mais surtout la révélation au grand jour d’un grand enthousiasme et d’une extrême générosité à toute épreuve pour les coordonnateurs locaux. Pendant que tous les membres du Comité se montrant très unis avec les responsables municipaux, résolvaient une après l’autre, les difficultés se présentant au jour le jour et même, pendant les instants cruciaux, minute après minute. Pour tous, il importait que cela se passe le mieux possible et ceci se passa effectivement de la sorte à la satisfaction de tous. Le chapiteau fut érigé, le podium installé selon les exigences manifestées par la troupe du chanteur se déplaçant avec toute sa déjà fabuleuse organisation : une troupe de plusieurs dizaines de collaborateurs chacun installé dans sa spécialité contributive. Les spectateurs étaient appelés à se tenir debout et non assis, un peu comme à la fortune du pot. Tous rassemblés sous la toile pendant qu’un volume exorbitant autant qu’extraordinaire de hauts parleurs, d’éléments de la sonorisation occupaient la majeure partie de la scène, des baffles d’une sonorité absolue. Le soir du concert l’on se pressait depuis très loin à la ronde. L’organisation du Comité avait loué une simple caravane de camping pour s’en servir de guichet abritant le caissier. Tous les membres du staff se trouvaient répartis, chacun à sa place opérationnelle, pour faire face à la tâche, au contrôle, à l’assistance, à l’intendance, à la buvette, à la surveillance et à la protection générale. Le chanteur disposait aussi d’une vaste caravane pour satisfaire à sa présentation scénique, son maquillage, son habillement, ses apprêts, ses petites extravagances, ses fantaisies du dernier moment, ses inexplicables sautes d’humeur, ses bizarreries incontournables et têtues. Une foule nombreuse de collaborateurs dont un très autoritaire majordome régissait l’ordonnancement d’un spectacle se révélant parfaitement bien rôdé dans tous ses déplacements sur le territoire français et ailleurs. Ce maître de cérémonie devait concourir à satisfaire un public se montrant très enthousiaste et même très chaleureux, conquis par son idole, laquelle, pendant toute la durée du show déclina le complet répertoire de ses chansons des derniers enregistrements et même les plus chères au regard de ses admirateurs venus tout spécialement. Je devais être admis à l’intérieur de cette proximité organisatrice et prenais connaissance d’une certaine et très évidente fébrilité empressée dont se trouvait entouré Johnny Hallyday, en soi une bête de scène au regard comme métallique et même d’airain. Très chevelu, il se montrait particulièrement de mauvaise humeur, rude et même lunatique, incendiaire et fulminant. Quelque quart d’heure avant son entrée en scène, le chanteur exigea que son entourage lui procure rapidement un sèche-cheveux. Alors, faute de disposer d’un tel accessoire de soins capillaires spontanément et sous la main…Il incomba à Francis de partir dare-dare chercher le sien à son proche domicile. Une facétie, une saute d’excentricité, une versatilité d’enfant gâté et choyé par un aréopage de servants se montrant unanimement à ses petits soins plus qu’admiratifs…Un petit roi et sa cour soumise installée comme à ses pieds. Quand le majordome, de sa voix très mobilisatrice, tonna par ces deux mots mettant sur leurs gardes l’ensemble de la proximité du chanteur : « En scène !... ». Le signal était donné. Les lumières et les décibels se déchaînaient alors quand l’idole entrant en scène recevait une folle et tonitruante ovation à ce point fanatique et inconditionnelle de la part d’un auditoire conquis et même subjugué par la présente en chair et en os un peu de sa raison d’exister. Son long tour de chants ravit les adeptes et les émules de ce très populaire chanteur aussi charismatique. Pendant qu’à l’extérieur du chapiteau, les badauds, pour l’essentiel des personnes ne pouvant se payer une place d’entrée au demeurant au prix très élevé…avaient décidé de ne rien perdre de l’audition faute de pouvoir être le témoin oculaire de ce qui résonnait très loin à la ronde. Sous la toile close et surveillée par des gardes, cela chauffa, s’embrasa, exulta, vociféra à la façon d’un Johnny Hallyday triomphant dans sa tournée. Elle avait opéré une halte dans notre petit village de Beaumont en Valentinois. Une petite bourgade accueillant un grand chanteur. Cette initiative s’avéra toute à l’honneur du Comité des Fêtes ayant offert au public du bassin de vie, un spectacle de première importance et grandeur de la part d’un chanteur d’envergure nationale…Alors, il n’avait pas encore atteint le sommet de sa gloire, de son renom et de sa popularité presque universelle. Chacun peut garder en mémoire le spectacle de Johnny Hallyday en mémorable et même anthologique concert au Champ de Mars à Paris, celui d’il y a quelque année : devant un auditoire de plusieurs centaines de milliers d’inconditionnels de Johnny…Près de chez nous, chacun peut garder en mémoire fidèle et reconnaissante, ce spectacle dont se trouvèrent les valeureux initiateurs, nos très volontaires organisateurs de l’époque, l’ensemble des membres du Comité des Fêtes de Beaumont-lès-Valence : eux qui ont excellemment concouru à faire se produire en public, il y a quarante trois années de cela…

Pour conclure,

nous nous souviendrons toujours de ces deux figures emblématiques de la France.

Note : photo de groupe par le Dauphiné Libéré

JPP